FESTIVAL PHOTO LA GACILLY ▪ LA TERRE EN QUESTIONS
- Eric Poulhe
- 18 août 2018
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 juin 2023
LA GACILLY

Le Festival Photo La Gacilly est devenu au fil du temps l’un des plus grands festivals photo en plein air d’Europe. Il est porté par une association.
Chaque année, de début juin à fin septembre, plus de 320.000 visiteurs ont accès gratuitement à une trentaine de galeries à ciel ouvert et à plus de 1.000 photos grand format. Elles habillent les rues, les jardins et les venelles de La Gacilly, métamorphosé en un « village dans les images ».
Depuis quinze ans, le village breton de La Gacilly affiche son engagement pour la planète.
En abordant les grands sujets de société dans une approche artistique et esthétique, Festival Photo La Gacilly fait écho aux préoccupations de chacun. En prise avec son époque, il interpelle, dénonce, surprend, rassure, et est aussi source d’espoir. Le message est lancé : l’Homme et Terre doivent entretenir une relation durable.
Depuis ses origines, ce festival soutient la création artistique et renforce la présence de la photographie dans l’espace public. Il l’inscrit dans ses composantes artistique, culturelle, symbolique et médiatique au cœur des préoccupations de la société. Il développe l’accès à la culture en région, à destination des publics les plus larges, les plus divers, et fédère autour d’un évènement culturel de renom des acteurs territoriaux, éducatifs, associatifs et privés.
A l’échelle de la Bretagne, au niveau national et international, il est reconnu comme un évènement culturel structurant, contribuant au rayonnement global de la région. Il illustre au mieux ce nouveau concept d’« Art’tractivité » de territoire. En tant qu’évènement culturel à ancrage territorial, il invite à vivre en famille, entre amis, une expérience de qualité sur fond de convivialité, d’authenticité et de sens. C’est autant de visages, de regards, de mots échangés, et d’histoires partagées. Il rapproche ainsi les habitants les uns des autres et leur procure un sentiment d’appartenance à un évènement d’exception, construit ensemble. Il incite chacun à adhérer au « vivre ensemble ».
Il est au cœur des pratiques culturelles liées à la création contemporaine. Il est souffle de modernité, de nouveauté, et repose sur une ambition de territoire concertée, et portée par tous les acteurs concernés. D’année en année, il s’affirme ainsi comme un évènement de cohérence territoriale, de sens et d’attractivité.
Auguste Coudray, président du Festival
Sélection
Commentaire ♥♥♥♥♥
C’est un joli petit village breton de 2.000 habitants situé quelque part entre Rennes et Vannes, à proximité de Redon. Il y a de charmantes venelles pavées fleuries avec des maisons en granite aux jolies façades, une petite rivière l’Aff avec son pont en pierre et une halte pour les bateaux de plaisance, une église avec sa place ombragée, et surtout le jardin botanique Yves Rocher jouxtant le site de l’ancien moulin. C’est ici à La Gacilly, que tout a commencé pour Yves Rocher l’industriel de la cosmétique végétale. Il y est né et en a été maire de 1962 à 2008, une année avant sa mort. Tout y est calme jusqu’à début juin, quand le village se met en effervescence pour accueillir plus de 300.000 visiteurs qui vont arpenter les ruelles et les différents espaces en plein air du festival.
Son organisation est remarquable, et le soutien du groupe Yves Rocher n’y est pas étranger !
Pour avoir un aperçu des valeurs et du sens que souhaite donner l’équipe d’organisation au festival, il suffit de se rendre sur le site web. Avec une approche artistique et esthétique, le festival photo affiche fièrement son engagement pour la planète. Cette année, le thème est « la terre en questions ».
Dès qu’on arrive à La Gacilly, on est charmé et conquis. En voiture, pas de problème, les espaces de stationnement ont été pensés intelligemment en nombre et s’intègre parfaitement dans le paysage. Une envie pressante, des toilettes propres sont à disposition. Vous voulez vous repérer, la signalétique est partout parfaitement compréhensible avec des pictogrammes appropriés et des codes de couleur judicieux. Vous venez pour la première fois, impossible de rater la célèbre camionnette Citroën Type H « accueil festival » devant le syndicat d’initiative. Une jeune femme passionnée et dynamique vous explique tout avec le sourire. Elle vous remet gratuitement, contrairement à d’autres festivals photo réputés, un magazine parlant de l’évènement et surtout le plan du festival avec l’implantation de toutes les galeries en plein air. En échange, elle vous signale que chacun peut contribuer au financement de l’organisation en glissant une petite pièce dans l’urne. Difficile de refuser, tant l’accueil est chaleureux ?
Une bonne partie de la superficie du village est mise à contribution, et deux autres communes, La Chapelle-Gaceline et Glénac, ont été associées pour des projets concernant plus particulièrement la notion de territoire. La Chapelle-Gaceline présente le projet « les gardiens du territoire », avec des agriculteurs qui préservent leur environnement en changeant leurs pratiques. La commune de Glénac expose le projet de Catalina Martin-Chico « avoir quinze ans à La Gacilly » sur les berges du canal qui va du port de plaisance à l’Aff.
Le site de La Gacilly est découpé en quatre zones de couleur jaune, orange, bleue et verte. La zone jaune est celle du bout du pont, c’est-à-dire le port, la place et la maison de la photographie. Dans sa continuité, la zone bleue est en pleine nature dans le jardin des Marais et sur le chemin des libellules. La zone orange représente le village proprement dit avec la rue Saint-Vincent, ses venelles, le garage et la place Yves Rocher. La zone verte est celle du jardin botanique avec le moulin, le végétarium et la prairie. On peut choisir son parcours dans l’ordre que l’on souhaite. Il n’y a pas de hiérarchie.
En ce qui me concerne, j’ai démarré en fin de matinée par le jardin botanique, le port puis le marais. Après une pause-déjeuner, j’ai enchainé dans le village, ce qui m’a donné l’occasion de voir l’exposition de l’association Diapaga du Burkina-Faso et surtout de prendre un rafraichissement sur un transat à la terrasse ombragée de son bar. J’ai terminé l’après-midi en me rendant d’abord à La Chapelle-Gaceline à trois kilomètres, puis Glénac à huit kilomètres en direction de Redon.
Au total, il n’y a environ trente photographes exposés, tous aussi intéressants les uns que les autres. Les approches et les projets sont très différents et chacun peut y trouver son compte. Il est d’ailleurs très agréable de faire la visite en famille, et même si c’est à la campagne et que le village est en pente, l’accès en poussettes a été prévu ! Il est d’ailleurs amusant de voir les enfants gambader dans la prairie, monter dans les arbres et regarder certaines photos comme celles des gorilles de Michael Nichols avec émerveillement.
En ce qui me concerne, j’ai plus particulièrement apprécié les expositions des photographes Emanuele Scorcelletti « l’esprit de l’arbre », William Albert Allart « aux racines de l’Amérique », Laetitia Vançon « fin de journée » et Emil Gataulin « douce Russie ».
Le photographe Emanuele Scorcelletti est un habitué du festival et intervient sur commande de la fondation Yves Rocher. L’année dernière, il avait réalisé le projet Eqquus avec ses fresques oniriques équestres. Cette année, il est parti en Inde photographier la population qui a décidé de replanter des arbres dans le Tamil Nadu, l’une des régions les plus arides du pays. Portraitiste et photographe de mode de talent, Emanuele Scorcelletti a réalisé des clichés en noir et blanc de toute beauté. Chaque image montre toute la sensibilité de ces hommes et de ces femmes qui se sont investis bénévolement dans un programme voué à combattre la déforestation et le réchauffement climatique.
William Albert Allart est le seul photographe exposé en intérieur à la Maison de la Photographie. Photoreporter américain né à Minneapolis, il a parcouru toute l’Amérique à la rencontre de ces hommes et femmes qui ont suivi les traces de leurs ainés partis à la conquête du Grand Ouest. Ses photos en couleur des années 70’s montrent une population locale confrontée à une vie quotidienne très dure dans la chaleur et la poussière l’été, la neige et le froid l’hiver. Par son immersion au sein de ces communautés et la proximité avec les gens qu’il rencontre, il saisit des moments intenses et vrais qui resteront un véritable témoignage d’un passé qui est voué à disparaitre.
Laetitia Vançon est une jeune photographe toulousaine de vingt-sept ans. Ingénieur chimiste, elle a démarré la photographie en 2013. Portrait coup de cœur à la Bourse du Talent 2016, ses photos nous conduisent dans les îles Hébrides Extérieures au nord de l’Ecosse. Au-delà des images de cartes postales et d’une nature encore préservée, Laetitia Vançon est allé pendant deux ans à la rencontre des jeunes qui vivent sur un territoire en déclin aux perspectives d’avenir limitées. Les photos montrent bien le dilemme de ces jeunes, entre l’attachement pour leurs racines et la volonté de rester, ou la nécessité de partir pour une vie meilleure.
Emil Gataulin est un photographe russe assez peu connu en France. Le festival de La Gacilly permet de rectifier cette injustice. Ses photos en noir et blanc montrent une Russie rurale et poétique. Ses clichés représentent des tranches de vie où le photographe sait capter le bon moment et la bonne attitude. Montrant à travers ses images tout l’amour qu’il porte à son pays, il est quelque part, le digne successeur russe des photographes de renom comme Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau ou Willy Ronis.
Photographe de rue, portraitiste, reporter, globe-trotter, astronaute, moine bouddhiste, jeunes collégiens… les programmateurs du festival ont donné une place et un éclairage équivalent à chaque profil de photographe, qu’il soit connu, anonyme ou prometteur. C’est très bien ainsi !
La qualité de la sélection, le nombre de galeries en plein air, la beauté de ce village pittoresque et l’aménagement sur le site, font de ce festival photo un évènement remarquable. Si vous vous trouvez en Bretagne entre début juin et fin septembre, amateur, professionnel ou non initié, il ne faut rater sous aucun prétexte l’occasion de passer une délicieuse journée à arpenter les pavés et les chemins de ce joli petit village.
E.P.
#WilliamAlbertAllard #ClaudiaAndujar #OlafOttoBecker #PhilippeBourseiller #JoséphineBrueder #StéphaneCouturier #FrédéricDelangle #MiquelDeweverPlana #ÉdouardElias #EmilGataullin #JeanGaumy #ChrisJordan #KarenKnorr #MatjazKrivic #MichelLedamoisel #AndreaOlgaMantovani #CatalinaMartinChico #PhilMoore #MichaelNichols #ShanaParkeharrison #RobertParkeharrison #ThomasPesquet #FaustoPodavini #MatthieuRicard #JanCSchlegel #EmanueleScorcelletti #BrentStirton #PatrickTourneboeuf #LaetitiaVançon