FESTIVAL L’ŒIL URBAIN ▪ ÉDITION SPÉCIALE ROYAUME-UNI
- Eric Poulhe
- 6 avr. 2019
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 juin 2023
CORBEIL-ESSONNES
5 avril 2019 – 19 mai 2019

Pour son 7e périple à travers la ville, le festival photographique L’œil Urbain explore le Royaume-Uni et prend le pouls agité de nos sociétés contemporaines.
Brassage des populations, foyer d’énergie, de circulation, de rencontres, de cultures, et noyau à travers lequel fusionnent aussi les tensions : la ville, en outre, apparaît ici comme incarnation de l’Europe des laissés-pour-compte. En balayant de leur regard aigu trente ans de libéralisme outre-Manche, du thatchérisme au Brexit en passant par la guerre en Irlande du Nord et la crise migratoire, les photographes programmés nous offrent des clefs de lectures croisées, n’oubliant pas cependant la poésie, l’énergie et l’humour qui caractérisent cette contrée.
Ainsi bat fiévreusement le cœur des hommes, sous l’objectif parfois fébrile des photographes qui rendent aux habitants des villes, aux exilés de tous bords, y compris ceux de l’intérieur - les bousculés et les ballotés de la vie - au Royaume-Uni et ailleurs, la part d’humanité qui leur revient. Une croisée de regards pleine d’acuité, souvent inquiète, mais toujours empathique, solidaire, et souvent drôle, que nous vous invitons à partager.
Jean-Pierre Bechter, maire de Corbeil-Essonnes
Jean-Michel Fritz, premier adjoint au Maire délégué à la culture
Sélection
Commentaire ♥♥♥♥♥
Pour sa 7e édition, la ville de Corbeil-Essonnes accueille le festival photographique L’Œil Urbain qui explore des thématiques liées aux nouvelles réalités urbaines. A travers un parcours photographique en centre-ville tout accessible à pied, le festival propose la découverte d’une dizaine de lieux d’expositions en intérieur et en extérieur, comme à la commanderie Saint-Jean, au théâtre de Corbeille-Essonnes, au square Crété ou sur le parvis de l’Hôtel de Ville.
Cette année, le festival explore le Royaume-Uni en balayant trente ans de libéralisme outre-Manche, du Thatchérisme au Brexit, en passant par la guerre en Irlande du Nord et la crise migratoire.
Une dizaine de photographes, qui sont venus présenter leurs travaux et discuter avec le public le premier samedi du festival, font partie de la sélection officielle et disposent chacune d’un bel espace d’exposition : Jean-Christophe Béchet, Frenchtown - Stéphane Duroy, Distress - Yan Morvan, Anarchie au Royaume-Uni - Gilles Favier, Belfast - Rip Hopkins, Another Country - Matt Stuart, All That Life Can Afford - Olivier Jobard, Le Rêve anglais - Cyril Abad, Back to Blackpool - Ken Grant, A Topical Times for these Times - Jeanne Frank, Planète Z - Agence Ostkreuz, Berlin : portrait d’une ville entre les temps.
L’accueil sur chacun des sites d’exposition par des bénévoles des associations locales est très chaleureux et l’on sent que chacun est très impliqué et fier de servir cet événement qui reste à taille humaine. Les tirages présentés en intérieur comme en extérieur sont de très bonne qualité.
Seuls trois exposants présentent des thèmes qui ne sont pas en rapport avec le Royaume-Uni. Jean-Christophe Béchet (Frenchtown) a tenu résidence à Corbeil-Essonnes et a parcouru la ville à pied pour la photographier comme s’il était un touriste étranger, britannique évidemment. Jeanne Franck (Planète Z) est allé à la rencontre des habitants de l’immeuble Planète Z à Saint-Ouen qui surplombe le stade Bauer du Red-Star. Son reportage photographique est une véritable enquête sociologique sur des hommes et des femmes qui ne manqueraient un match pour rien au monde et qui sont profondément attachés à cet immeuble et à sa communauté. L’agence Ostkreuz (Berlin) composée de Ute Mahler, Werner Mahler et Maurice, présente des photos du Berlin de la RDA et de la chute du mur en 1989.
Pour ce qui est des autres séries, les photographes traitent des sujets très variés avec des regards différents, mais chaque exposition garde une cohérence avec la thématique globale sur le Royaume-Uni : la guerre en Irlande, l’anarchie et les punks dans les années 1980, la désindustrialisation du pays au cours des années Thatcher, les anglais qui ont refait leur vie en Dordogne, l’excentricité et l’insolite rencontré dans les rues de Londres, le rêve anglais avec l’immigration clandestine entre la France et l’Angleterre, les vacances populaires à Blackpool dans le nord-ouest de l’Angleterre, la religion du football à Liverpool.
En marge du festival officiel, de jeunes photographes ont été invités et font partie du « OFF ». La série « maisons de fortune parisiennes » de Laurent Nicourt exposées sur les grilles de l’imprimerie Hélio-Corbeil, est particulièrement intéressante. En partant d’un article qu’il a lu dans le Times où les éboueurs britanniques exprimaient leur hantise de broyer par inadvertance un SDF qui trouverait refuge dans un conteneur à ordures, le photographe s’est évertué à prendre en photo les abris de fortune qu’il a croisés dans les rues de Paris.
En parallèle de tous les espaces d’exposition officiels, le festival propose de nombreuses actions ou animations comme des parcours commentés, des sessions de découverte de la photographie à la MJC Fernand Léger à destination du jeune public, une randonnée urbaine de 15 kilomètres ou l’utilisation d’un bus à l’impérial pour faire le trajet de Paris à Corbeil.
Le festival L’Œil Urbain est vraiment formidable car il s’ancre fièrement dans son territoire urbain avec force et volonté. Plus qu’un événement artistique, le festival est un véritable projet politique, culturel et social qui dynamise et valorise un territoire de banlieue souvent décrié. Un beau projet fédérateur !
E.P.