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CLAUDIA ANDUJAR ▪ LA LUTTE YANOMAMI

  • Photo du rédacteur: Eric Poulhe
    Eric Poulhe
  • 4 mars 2020
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 juin 2023

FONDATION CARTIER, PARIS

30 janvier 2020 – 10 mai 2020

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la plus vaste exposition jamais consacrée à l’œuvre de la grande photographe brésilienne Claudia Andujar qui, depuis les années 1970, dédie sa vie à la photographie et à la défense des Yanomami, peuple amérindien parmi les plus importants de l’Amazonie brésilienne.

« Je suis liée aux Indiens, à la terre, à la lutte première. Tout cela me touche profondément. Tout me semble essentiel. Peut-être ai-je toujours cherché la réponse au sens de la vie dans ce noyau fondamental. J’ai été poussée là-bas, dans la forêt amazonienne, pour cette raison. C’était instinctif. C’est moi que je cherchais. »

Fruit de plusieurs années de recherche dans les archives de la photographe, cette exposition, conçue par Thyago Nogueira pour l’Instituto Moreira Salles au Brésil, présente son œuvre à travers plus de 300 photographies en noir et blanc ou en couleur dont un grand nombre d’inédits, une installation audiovisuelle ainsi que des dessins réalisés par des artistes Yanomami et des documents historiques. Reflétant les deux versants indissociables de sa démarche, l’un esthétique, l’autre politique, elle révèle à la fois la contribution majeure de Claudia Andujar à l’art photographique et le rôle essentiel qu’elle joue en faveur de la défense des droits des Indiens Yanomami et de la forêt qu’ils habitent.


Fondation Cartier

 

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Commentaire ♥♥♥♥♥


À la Fondation Cartier, l’exposition de la grande photographe brésillienne Claudia Andujar, sert de tribune aux indiens Yanomami dans la lutte pour la défense de leurs droits. Dès l’espace en rez-de-chaussée, le visiteur est directement plongé au cœur de cette communauté en déambulant au milieu des clichés suspendus au plafond, qui flottent un peu comme les hamacs des Indiens accrochés entre les arbres.

Âgée de 88 ans, Claudia Andujar a consacré l’essentiel de sa vie à la défense des Indiens Yanomami du Brésil Elle les rencontre pour la première fois en 1971 à l’occasion d’un reportage sur l’Amazonie du magazine brésilien Realidade. La reporter s’engage alors dans un projet au long cours dans le bassin du rio Catrimani. Elle partage l’univers des communautés et noue des liens très forts, l’amenant à retourner à plusieurs reprises dans la région. Elle photographie leur vie quotidienne et leurs rites. Avec la pratique de l’objectif grand angle, elle suit les protagonistes et l’action au plus près. Elle renforce ainsi l’intimité avec le sujet, comme si nous nous trouvions immergé dans la scène. Les images de reportage sur les rites du « reaku » sont saisissantes et impressionnantes. En fin de cérémonie, les hommes inhalent une poudre hallucinogène. Afin de saisir cette expérience et retraduire cet état second en image, la photographe utilise une vitesse d’obturation lente qui brouille légèrement l’image.

D’une approche à la base documentaire, la démarche de Claudia Andujar devient très vite militante au service de la cause Yanomami. La deuxième partie de l’exposition au sous-sol lui est consacrée. Au début des années 1970, le gouvernement militaire brésilien lance un programme de développement tournée vers ce « continent vert habité » en ouvrant la voie à la colonisation agricole et l’exploitation minière. L’intrusion dans le territoire des Yanomami, d’ouvriers travaillant sur la route de la Perimetral Norte, provoque maladies, conflits et destruction environnementale. Expulsée en 1977, Claudia Andujar s’engage activement dans le mouvement de sauvegarde des droits des Amérindiens. Elle retourne sur site au début des années 1980 dans le cadre de programmes de santé et plus particulièrement de vaccinations contre les maladies infectieuses importées de l’extérieur. Les Yanomamis ne portant pas de noms portugais permettant de les identifier, les médecins décident de photographier chaque individu avec un écriteau portant un numéro de dossier. On ne peut s’empêcher d’associer ces images à d’autres photographies de conflit comme celles des juifs de la Shoah ou de l’extermination des Roms dans l’est de l’Europe. Mais cette fois, le procédé utilisé est là pour sauver les Indiens, en aidant les médecins à garder une trace des vaccins et des traitements administrés au fil des ans. Claudia Andujar a revisité ces portraits dans sa série « Marcados » où elle fait un parallèle avec sa propre expérience des étiquettes de la mort, quand ses parents ont dû coudre l’étoile jaune sus ses vêtements. Les portraits sont magnifiques.

En 1989, le territoire des Yanomami est morcelé en dix-neuf micro-réserves séparées faisant fi de leur mode de vie de chasseurs-cueilleurs et d’agriculteurs sur brûlis. L’objectif est en fait de spolier les Yanomami de leurs terres au profit de la colonisation agricole et de l’exploitation minière. Le projet rencontre une forte opposition des leaders amérindiens et des ONG. Le travail de Claudia Andujar et toutes les expositions photographiques qu’elle organise dans le monde, mobilisent l’opinion publique internationale. En 1992, un décret présidentiel reconnait un territoire vaste et continu.

Mais l’élection en 2018 du président Jair Bolsanaro à la tête de l’état brésilien, favorable à un développement agricole et minier en Amazonie, peut remettre en cause la démarcation du territoire des Yanomami. Une nouvelle vague de 20 000 mineurs clandestins a envahi la région. Le combat est relancé. Comme d’autres actions menées dans le monde, l’exposition de Claudia Andujar raisonne très fort et offre une tribune ouverte aux Yanomami et à leurs défenseurs.


E.P.


 
 
 

1 Comment


Marie-Pierre POULHE
Marie-Pierre POULHE
Mar 05, 2020

La vie de ces indiens d'Amazonie brésilienne est parfaitement représentée grâce à ces photos magnifiques. Certains portraits montrent des contrastes d'ombre et de lumière étonnants.

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EXPO PHOTO

© 2017 Eric Poulhe Photographie

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